Archives de catégorie : Littérature

Les Vilaines // Littérature argentine

La communauté trans de Córdoba se retrouve autour d’une femme : Tante Encarna. Figure maternelle, elle accueille dans sa maison toutes celles qui ont besoin d’un toit. Cette maison est autant un refuge qu’une prison pour des femmes éclatantes au regard perdu. La violence omniprésente, physique tout d’abord, mais aussi morale qui use à travers les insultes et le mépris éclate à chaque instant. Cette violence n’a d’égale que l’éclat et l’étincellement de ces femmes inoubliables. Ce roman est un feu de joie, dont les flammes rivalisent de beauté et d’anéantissement. Splendide !

Les Vilaines, Camila Sosa Villada, Métailié, 18.60€

Ces orages-là // Littérature française

Vous l’avez peut-être vécu, vous connaissez peut-être une personne l’ayant vécu. Cette situation où on décide enfin de se défaire de cette emprise. Clémence veut s’en défaire, refaire sa vie et oublier. Mais comment faire quand pendant des années, on nous a rabaissés et humiliés ; comment faire pour retrouver une infime confiance en soi. Ce roman prouve que nous forgeons notre propre force de caractère, même si pour cela il ne suffit que d’une personne pour nous montrer la voie. Nous connaissons tous ce proverbe : « l’habit ne fait pas le moine ». Je pense qu’il n’a jamais été aussi vrai que dans ce roman. Lorsqu’on s’efforce de détruire une personne, il n’en ressort que le démon caché. Un magnifique roman et un personnage poignant.

Ces Orages-là, Sandrine Colette, JC Lattès, 20€

Des diables et des saints // Littérature française

Après un détour par les montagnes et la paléontologie, Jean Baptiste Andrea renoue avec le récit d’enfance. Joseph est un adolescent de 15 ans qui voit sa vie basculer à la mort soudaine de sa famille. Il devient orphelin et est placé aux Confins, un orphelinat tenu par des religieux. La perte de ses parents sera alors le moindre de ses maux. Des enfants de tous âges subissent l’horreur se cachant derrière la religion, qui devient le prétexte pour asseoir un pouvoir malsain, tyrannique, des hommes sur les garçons. Mais aussi de cette noirceur que Joseph tirera des amitiés aussi fortes que la mort. Avec une très belle langue, Jean Baptiste Andrea prend à bras le corps les espoirs de ses enfants pour tisser un roman bouleversant.

Des Diables et des saints, Jean Baptiste Andrea, L’Iconoclaste, 19€

Ce matin-là // Littérature française

Clara est une jeune femme qui se donne corps et âme à son emploi? Peut-être trop. Un matin, tout lâche. Elle l’apprendra plus tard, c’est un burn-out. Gaëlle Josse pose un regard plein de douceur et de compassion sur cette femme qui dégringole mais ne manque pourtant pas de volonté. Elle dit l’immobilité, la descente inévitable, les questionnements, la culpabilité. Jusqu’à l’éclaircie. Avec ce roman, Gaëlle Josse offre une main tendue et nous invite à porter un autre regard sur ce mal du siècle.

Ce matin-là, Gaëlle Josse, Noir sur Blanc, 17€

Kuessipan // Littérature innue

Avec une prose poétique, Naomi Fontaine nous propose un roman inédit dans sa forme comme dans son sujet. Chroniques de la réserve autochtone, Kuessipan est morcelé : divers espaces s’ouvrent sur le nomadisme, la langue, l’identité même de l’être de l’être. Elle entrechoque la langue française d’écriture et la langue innue, rappelant les frictions entre les cultures. Les personnages s’inversent, se renversent, dessinant une nouvelle carte du soi. Un roman à découvrir !

Kuessipan, Naomi Fontaine, Mémoire d’encrier, 9€

Les Toits du paradis // Littérature indienne

Le Paradis, c’est de la tôle et de la toile, un amas de matériaux qui forment des cabanes bringuebalantes. Un bidonville. Mais c’est avant tout un quartier dont les habitants, principalement des femmes et des enfants, sont prêtes à tout pour le défendre contre les bulldozers qui veulent détruire leur vie, leurs souvenirs et leurs espoirs. Et parmi ces femmes, cinq jeunes filles, aux caractères plus forts que le quotidien, venus de tous les horizons, mais que l’amitié et la solidarité ont soudé à jamais. Sous « Les toits du paradis » se cache une humanité que si bat et espère, qui vit malgré la misère, joyeusement. Et l’enfance y court avec son optimisme et sa force de vie. Un régal !

Les toits du paradis, de Mathangi Subramanian, editions De L’Aube, trad. Benoîte Dauvergne, 13€

Analphabète // Littérature britannique

Mike Kitson raconte l’histoire incroyable d’une femme-fantôme qui n’existe sur aucun registre. Elle n’a pas de numéro de sécurité sociale, son nom même est une énigme. Y compris pour son fils qui décide de la retrouver après son abandon et une absence de presque vingt ans. Ce roman se lit comme une énigme, prend parfois la tournure d’une enquête pour comprendre celle que l’on appelle Mary Peace, un mystère qui nous emmène loin dans la construction de soi.

Analphabète, Mike Kitson, Métailié, 18€

Les Dynamiteurs // Littérature américaine

Dans ce roman, Benjamin Whitmer nous plonge dans l’univers sombre du XIXe siècle où arme, alcool, politique et prostitution se confondent. Mais ne vous laissez pas abattre par son côté noir, car il est aussi question d’apprentissage, d’espoir et d’amour… De l’amour que porte Sam à Cora. Ne pensant qu’à elle à chaque décision qu’il prend, Sam ne pensait pas que cela le pousserait toujours plus loin dans le monde adulte, ce monde qu’il cherchait à éviter à tout prix, un monde qui causera sa perte. Finalement ce sont les sentiments positifs qui prennent le dessus au fur et à mesure de la lecture. Ce qui m’a fait avancer, c’est bien l’espoir en un avenir meilleur pour ce personnage si touchant. De chapitre en chapitre, assistez au passage de l’adolescence au monde adulte d’un laissé pour compte.

Les Dynamiteurs, Benjamin Whitmer, Gallmeister, 24.20€

Sans toucher terre // Littérature finlandaise

Sans toucher terre est un roman d’une jeunesse, celle des « pas comme les autres », des souffre-douleurs qui subissent l’humiliation si profondément qu’elle se greffe à leur identité. Aaro espérait un nouveau départ en intégrant l’université et en quittant son petit village de Finlande. Son angoisse sociale ne le quittera pourtant pas. Miné par ses angoisses, il n’arrive pas à s’extirper de lui-même pour vivre avec le monde qui l’entoure. Une lente descente qui le cloue à l’instant et l’empêche d’avancer. Jusqu’à, peut-être, l’éclaircie.

Sans toucher terre, Antti Rönkä, Rivages, 20€

Un bref instant de splendeur // Littérature américaine

Dans une longue  à sa mère, le narrateur se raconte sans fioritures et sans voile. Le style agit comme une caresse sur la dureté du monde et des destins. qui se tissent entre le Vietnam en guerre et l’Amérique des délaissés. Il parle du malaise, du déracinement de sa mère et de sa grand-mère, de la violence, de la langue, de l’homosexualité. Il y a les corps qui se mêlent sans s’avouer ce qui les lie. Un premier roman comme une étoile filante qui fait briller « Un bref instant de splendeur ».

Un bref instant de splendeur, Ocean Vuong, Gallimard, 22€