Archives de l’auteur : Eloïse Boutin

Ce matin-là // Littérature française

Clara est une jeune femme qui se donne corps et âme à son emploi? Peut-être trop. Un matin, tout lâche. Elle l’apprendra plus tard, c’est un burn-out. Gaëlle Josse pose un regard plein de douceur et de compassion sur cette femme qui dégringole mais ne manque pourtant pas de volonté. Elle dit l’immobilité, la descente inévitable, les questionnements, la culpabilité. Jusqu’à l’éclaircie. Avec ce roman, Gaëlle Josse offre une main tendue et nous invite à porter un autre regard sur ce mal du siècle.

Ce matin-là, Gaëlle Josse, Noir sur Blanc, 17€

Kuessipan // Littérature innue

Avec une prose poétique, Naomi Fontaine nous propose un roman inédit dans sa forme comme dans son sujet. Chroniques de la réserve autochtone, Kuessipan est morcelé : divers espaces s’ouvrent sur le nomadisme, la langue, l’identité même de l’être de l’être. Elle entrechoque la langue française d’écriture et la langue innue, rappelant les frictions entre les cultures. Les personnages s’inversent, se renversent, dessinant une nouvelle carte du soi. Un roman à découvrir !

Kuessipan, Naomi Fontaine, Mémoire d’encrier, 9€

Traverser la nuit // Polar français

Hervé Le Corre délaisse le roman noir historique pour nous plonger au coeur de ce qui semble être la plus noire des époques : la nôtre. Un homme qui tue une femme et trois enfants à coups de couteau, des cadavres de femmes assassinées… Au milieu de ce chaos, un flic incapable de parler, qui ne sait plus trouver le chemin des mots, devenu taiseux par nécessité comme une dernière barrière au désespoir. Et une femme qui ne tient plus debout que pour son fils. Traverser la nuit est un des romans les plus noirs d’Hervé Le Corre. Le style même de l’auteur berce cette noirceur comme pour mieux la réveiller à l’esprit du lecteur.

Traverser la nuit, Hervé Le Corre, Rivages, 20.90€

Les Furtifs // Science-fiction française

Lorca et Sahar, deux rebelles qui luttent contre une société hypercapitalisée, voient leur couple imploser suite à la disparition de leur fille. Lorca est persuadé que celle-ci est partie avec les furtifs, des êtres quasi-mythologiques. Il devra faire face à ses limites, pour appréhender la puissance de vie de ces êtres insaisissables et ainsi tenter de renouer avec sa fille. Ce livre invente un présent en même temps qu’un futur, met de la force au cœur pour changer la trajectoire du monde, pour que demain demeure. Un livre iridescent profondément merveilleux et plein d’une joyeuse révolte.
Les Furtifs, Alain Damasio, La Volte, 11.50 €

Les Toits du paradis // Littérature indienne

Le Paradis, c’est de la tôle et de la toile, un amas de matériaux qui forment des cabanes bringuebalantes. Un bidonville. Mais c’est avant tout un quartier dont les habitants, principalement des femmes et des enfants, sont prêtes à tout pour le défendre contre les bulldozers qui veulent détruire leur vie, leurs souvenirs et leurs espoirs. Et parmi ces femmes, cinq jeunes filles, aux caractères plus forts que le quotidien, venus de tous les horizons, mais que l’amitié et la solidarité ont soudé à jamais. Sous « Les toits du paradis » se cache une humanité que si bat et espère, qui vit malgré la misère, joyeusement. Et l’enfance y court avec son optimisme et sa force de vie. Un régal !

Les toits du paradis, de Mathangi Subramanian, editions De L’Aube, trad. Benoîte Dauvergne, 13€

Analphabète // Littérature britannique

Mike Kitson raconte l’histoire incroyable d’une femme-fantôme qui n’existe sur aucun registre. Elle n’a pas de numéro de sécurité sociale, son nom même est une énigme. Y compris pour son fils qui décide de la retrouver après son abandon et une absence de presque vingt ans. Ce roman se lit comme une énigme, prend parfois la tournure d’une enquête pour comprendre celle que l’on appelle Mary Peace, un mystère qui nous emmène loin dans la construction de soi.

Analphabète, Mike Kitson, Métailié, 18€

Les Dynamiteurs // Littérature américaine

Dans ce roman, Benjamin Whitmer nous plonge dans l’univers sombre du XIXe siècle où arme, alcool, politique et prostitution se confondent. Mais ne vous laissez pas abattre par son côté noir, car il est aussi question d’apprentissage, d’espoir et d’amour… De l’amour que porte Sam à Cora. Ne pensant qu’à elle à chaque décision qu’il prend, Sam ne pensait pas que cela le pousserait toujours plus loin dans le monde adulte, ce monde qu’il cherchait à éviter à tout prix, un monde qui causera sa perte. Finalement ce sont les sentiments positifs qui prennent le dessus au fur et à mesure de la lecture. Ce qui m’a fait avancer, c’est bien l’espoir en un avenir meilleur pour ce personnage si touchant. De chapitre en chapitre, assistez au passage de l’adolescence au monde adulte d’un laissé pour compte.

Les Dynamiteurs, Benjamin Whitmer, Gallmeister, 24.20€

Sans toucher terre // Littérature finlandaise

Sans toucher terre est un roman d’une jeunesse, celle des « pas comme les autres », des souffre-douleurs qui subissent l’humiliation si profondément qu’elle se greffe à leur identité. Aaro espérait un nouveau départ en intégrant l’université et en quittant son petit village de Finlande. Son angoisse sociale ne le quittera pourtant pas. Miné par ses angoisses, il n’arrive pas à s’extirper de lui-même pour vivre avec le monde qui l’entoure. Une lente descente qui le cloue à l’instant et l’empêche d’avancer. Jusqu’à, peut-être, l’éclaircie.

Sans toucher terre, Antti Rönkä, Rivages, 20€

Un bref instant de splendeur // Littérature américaine

Dans une longue  à sa mère, le narrateur se raconte sans fioritures et sans voile. Le style agit comme une caresse sur la dureté du monde et des destins. qui se tissent entre le Vietnam en guerre et l’Amérique des délaissés. Il parle du malaise, du déracinement de sa mère et de sa grand-mère, de la violence, de la langue, de l’homosexualité. Il y a les corps qui se mêlent sans s’avouer ce qui les lie. Un premier roman comme une étoile filante qui fait briller « Un bref instant de splendeur ».

Un bref instant de splendeur, Ocean Vuong, Gallimard, 22€

La Papillon // Littérature estonienne

Soulevez le rideau rouge du théâtre L’Estonia ! Vous y trouverez de joyeux lurons, toute une famille, celle des comédiens qui rient, qui pleurent, qui vivent et meurent. Avec un humour provoquant digne d’un Figaro, le narrateur raconte une autre époque et un autre milieu où l’on mélange le mensonge (volontairement accepté de la théâtralité) et la réalité. Le tout auréolé d’une atmosphère de légendes slaves. Un hymne à la vie !

Le Papillon, Andrus Kivirähk, Le Tripode, 9€